Les cris de la fée
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Stram
Parfois, ou disons, souvent, je repense à la petite fille. J'imagine me projeter dans le passé, dans un seul et unique but : la sauver. Je traverse le temps, pour enfin l'empêcher de trottiner sous sa pluie de sang, vierge candide et innocente qui se laisse ensanglanter par le moindre son un peu trop strident. J'erre, et marche le long des ruelles, près des épicéas et des écureuils aux couleurs de feu, grimpe la montée en suant parce que je n'ai plus le moindre muscle à force de jouer à l'accordéon avec mon corps, pour m'approcher des grilles verte de l'école pirmaire. Petite escalade, je longe l'école maternelle pour faire face au bâtiment saumon, ignorant les gamins qui crient, le ballon de football qui voltige avec le vent. Elle est là, tapie sous les escaliers, le visage défait, au regard un peu ailleurs, désenchanté. Elle sait qu'elle ne pourra plus faire confiance à personne, aujourd'hui plus rien ne lui prouvera l'existence des contes de fée. Accroupie, j'essaie de la regarder, mais elle m'ignore. Replaçant une de ses mèches blonde derrière les oreilles, je laisse doucement mes bras l'envelopper, lui soufflant que je suis elle, venue pour la sauver. Quel désarroi, alors, lorsqu'elle tourne son visage pâle vers le mien, et, murmurant de sa toute petite voix....
"Tu arrives trop tard..."
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1 Maman a tort 2 C'est beau l'amour 3 L'infirmière pleure 4 Je l'aime 5 Il est d'mon droit 6 De tout toucher 7 J'marrête pas là 8 J'mamuse
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J’ai peur.
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Je ne sais pas pourquoi, mais je suis quasiment morte de peur. Je crois que c’est la chambre double, l’effet d’être vingt quatre heures sur vingt quatre avec une autre personne, qui me terrifie autant. Vivre en permanence avec cette personne que je ne connais pas encore. Peur de devoir parler avec elle, partager la salle de bain, la douche surtout, peur de faire du bruit la nuit, peur qu’elle se couche tôt alors que moi c’est plutôt tard, peur qu’elle regarde sans cesse la télévision alors que moi je ne sais pas réviser quand y’a du bruit, peur qu’on ne s’entende pas, peur qu’elle me trouve froide, hautaine, peur qu’elle fasse la grimace quand je lui dirai que je suis boulimique et que parfois, je vomi…
J’ai peur. Mes parents me stressent en me disant que c’est ma dernière chance et que ça leur coûte bien trop cher et que j’ai intérêt d’aller mieux en sortant parce qu’ils ne supporteront plus longtemps mes vomissements et ma mélancolie latente, mon cœur bat de plus en plus vite, je ne tiendrai pas la nuit, deux nuits blanches déjà, pas une troisième, par pitié. J’ai aussi peur de revoir mon psychiatre. Peur de le revoir demain. Peur qu’il recommence à me taquiner, à me provoquer, peur parce que je le prend mal et que ça se termine toujours mal quand il fait ça. Peur de lui parler. Peur des gens. Peur des autres patients, comme les deux premières fois. Peur de sortir de la chambre, d’e me réhabituer aux groupes de parole, peur de parler en public, peur de devoir faire du karaté, peur de la balance qu’ils amèneront dans la chambre à mon arrivée, pour me peser. Peur que le nombre ne vienne troubler mon optique de guérir. Non, je ne regarderai pas, comme les dernières fois, je leur dirai de ne pas me dire.
Peur de revoir les infirmières. Peur qu’elles soient déçues de me revoir, peur qu’elles me croient incurable. Peur du distributeur, de ce maudit distributeur qui offre des calories.
Peur que guérir soit difficile. Je sais que ce le sera. Peur de devoir supporter la nausée. Peur que ça ne marche pas.
Demain, j’irai voir Alexandra. Tout de suite après les formalités. On prendra un café, on parlera avec les peluches, je retrouverai mon amie, et forcément, ça ira mieux.
Mais j’ai peur.
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Les heures, grandes sœurs des secondes, petites sœurs des minutes, glissent au compte-goutte dans la pénombre. La nuit flambe et s’éternise. Je sombre, le sommeil m’est véritablement refusé. Condamnée à l’éveil permanent, au stress, à l’angoisse qui mordille le cœur pour le faire battre un petit peu plus vite encore. Je stagne, macère, marmonne et tourne en rond comme une toupie, incapable de me reposer, de trouver suffisamment de paix, de sérénité pour m’assoupir. J’ai essayé le lit, avec et sans peluches, j’ai essayé le canapé, avec et sans couette, j’ai essayé la moquette, avec et sans oreiller, j’ai essayé avec la radio, j’ai essayé en mangeant du concombre, j’ai essayé en flirtant avec une bouteille de coca light, j’ai essayé en arrêtant de penser, j’ai tout essayé. Mon paquet de clope est fini. Je les ai toutes achevées, les unes après les autres, comme une fusillade enfumée. La lune n’était même pas là, pas plus que les étoiles, la neige dehors ressemblait à une déglutition nocturne des plus repoussantes. J’abdique. Proie de l’ennui, je continue ma quête solitaire…
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Boulimie....

Deux yaourts. Une boite de céréales. Vomissements. Deux heures plus tard... Deux yaourts, une boite de céréales. Vomissements. Lassitude. Désarroi. Désespoir. Dépression. Boulimie. A la prochaine...
 
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Cher Père Noël,

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Avant tout, je te résume l’étendue des dégâts. Je suis en train d’essayer de me construire une forteresse inexpugnable. Un château fort sans pont-levis, pour plus de sécurité, en béton armé, avec en option, un bouclier en acier, comme dans les films fantastiques. Mission numéro un, la protection de mon mental en perdition. C’est devenu une question de survie. Je dois être l’incarnation de l’indifférence, de la froideur, glacer mes émotions pour ne plus qu’elles ne viennent se planter dans ma chair, qu’elles deviennent indolores, qu’elles cristallisent et ne puissent plus me faire de mal. Je veux être dénuée de sentiments, pour ne plus souffrir. Etre un roc. Ne plus m’embraser pour un rien, ne plus manquer de prendre feu à la moindre attaque extérieure. Je dois me protéger. Je veux tuer ce qui vit en moi, ce qui fait mal.
Alors tout ce que je voudrais, c’est la clé pour verrouiller tout ce qui touche aux sensations. Et vite, si possible. Avant Noël. Merci.
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Parce que je ne saurai l’expliquer, il y eu toujours des individus qui me fascinèrent. Qui se hissèrent plus haut que les autres à mes doux yeux, furent saupoudrés de sacré et de poussière d’étoile, des êtres hors norme qui provoquaient admiration, respect, des êtres auxquels j’aurai aimé ressembler. Cette mode a débuté toute petite, dès l’école primaire, et s’est perpétuée tout au long de ma vie, au hasard des rencontres. Les concernés pouvaient être autant des professeurs, autant des élèves, voire des gens d’une banalité affligeante rencontrés dans la rue.
Et j’y repense souvent, il y avait Caroline. Caroline et ses longues chaussettes jusqu'aux genoux. Caroline et son aura angélique. Caroline et ses sculptues de gnomes. Petite jeune fille fluette rencontrée en seconde au lycée, dans ma classe. Une véritable artiste qui peignait comme les plus grands de ce siècle, dont j’analysais chaque dessin pour comprendre le comment du pourquoi. Des traînées de mystère, voilà ce qu’elle laissait derrière elle. Trois ans, sans lui parler, sans la côtoyer, juste à l’observer de mon regard envieux et dévoué.
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En trois ans, insidieusement, elle est devenue squelettique. En trois ans, elle est peu à peu devenue anorexique. « Je ne sais plus comment manger » murmurait-elle, en pleurs, effondrée sur les grandes tables d’arts plastiques. Personne n’allait l’aider. Personne n’allait éponger ses larmes, sauf le professeur, qui la considéra telle sa fille trois années durant.
En seconde, elle semblait pourtant bien dans sa peau, customisant ses jeans, son sac, peignant jusque sur ses tee-shirt pour imposer sa marque. Et puis elle a commencé à devenir obsédée par les cours, tétanisée par la moindre mauvaise note qui la faisait fondre en larmes. Elle ne mangeait plus à la cantine, elle courait beaucoup, le sport était devenu son leitmotiv. De nombreux projets d’agglutinaient dans sa tête, elle ne cessait d’en parler, souriait en permanence. Mais ce n’était pas un vrai sourire. Plus personne ne la voyait manger, alors qu’elle certifiait qu’elle mangeait abondamment. En quelques mois, était devenue si maigre que cela en paraissait surréaliste, comment tenait-elle debout était une énigme, et moi, totalement abrutie, je continuais de l’envier, la regardant comme un enfant regarde le père noël. Elle arrivait en cours avec un chapeau de cow-boy, ou telle une fée, dans une petite robe légère et nacrée, avec ses longs cheveux clairs lui descendant jusqu’au bas des reins. Parce qu’en plus d’être talentueuse, elle était belle. Très belle.
Parce qu’elle était boulimique d’exposés, on la voyait souvent déambuler au tableau, passionnant tout élève tel que moi du fait de l’originalité de son travail, sauf qu’il y avait un bémol : la classe ne l’aimait pas. Toutes les filles – parce qu’en option arts plastiques il n’y a que la gente féminine – l’enviaient, la jalousaient, et de ce fait, l’insultaient en permanence. C’était à celle qui poserait la plus difficile question pour la piéger, celle qui rirait le plus fort pour que l’on comprenne ses pensées. Sur ma petite chaise, je regardais Caroline, au milieu d’un banc de vipères, continuer, la tête haute, si frêle qu’un léger souffle de vent l’aurait emportée loin de nous. A la fin d’un de ses exposés, je me suis approchée d’elle et lui ai chuchoté que j’avais vraiment apprécié. Elle m’a sourit. Comme une fée.
Coup du hasard, après le bac, on s’est retrouvées toutes les deux dans la même résidence étudiante, à Lyon. Elle peignait de mieux en mieux, sa porte était pleine de dessins. On parlait un petit peu. Elle abandonnait les études pour se consacrer à l’art. Et puis un jour, je vois ses parents en larmes, en bas de l’immeuble, je cours, des gens sortent ses quelques petits meubles. Plus de Caroline.
Je ne su jamais ce qu’il lui était arrivé.
Et pourtant, quelque chose me dit qu’elle a rejoint les anges…
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J’ai pas mal de temps, j'ai aussi pas mal de choses en retard.
1 – Tes cours tu réviseras 2 – Ta patience tu cultiveras 3 – Du coca light du te désintoxiqueras 4 – Tes émotions tu accepteras 5 – Tes devoirs tu termineras 6 – Ta chambre te rangeras 5 – Comment vomir tu oublieras 6 – L’espoir tu garderas 7 – En sang tu te battras 8 – Apprend et tais toi 9 – Sur la toile tu te noieras 10 - Ton prochain tu aimeras. ffice ffice" />
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J’angoisse et c’est pas facile. Que la clinique appelle…demain matin, je veux entendre retentir la sonnerie du téléphone, je veux plier bagages en cinquième vitesse, je veux que l’on prenne la route mercredi à l’aube, je veux retrouver Lyon et ses environs, je veux plonger sous les soins à tout jamais. J’angoisse et c’est pas facile. Mes cours subissent mon atonie, ils n’y peuvent rien. J’ai déclaré forfait, un peu facile, mais qu’y puis-je, mon cœur bat si vite, mes mains tremblent si fort, les murs se rapetissent et moi je crie au milieu. Il fait nuit, le monstre obscurité me poursuit, j’allume toutes les pièces, geins que j’ai peur, qu’elle appelle demain, demain, demain…
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Mon entaille au poignet – outre me paralyser à moitié et me faire beaucoup trop mal - passe par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. C’est féerique. Rouge, rose, bleu, violet, je m’attend bientôt au vert, au jaune, au orange. Accessoirement, mon âme hésite entre le noir et le blanc, attirée tantôt par la lumière bienfaitrice, tantôt par l’obscurité mystère. Faudra –t- il mélanger les deux et se contenter du gris ? ffice ffice" />
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Le temps je l'ai. Les idées sont là.
L'envie... C'est autre chose.
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La passion m’a toujours touchée, intriguée, fascinée. Ce soir beaucoup plus que d’autres. J’en ai eu des frissons une bonne dizaine de fois, du bout des doigts jusqu'aux épaules. Peut être parce qu’elle coulait dans mes veines. La fatigue ? Jamais. Certaine situations seraient-elles aussi belles si elles n’étaient pas tortueuses et complexes ? J’y crois encore. J’attend juste qu’il vienne.
«Il faut me connaître pour comprendre ce que j'écris.»
J’espère que tu comprendras, si tu passes par là.
Je t’aime.
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Maintes fois j’ai pensé changer de vie. Maintes fois je me suis dis que, cette fois c’est la bonne. Mais je suis toujours rester au bord. J’ai jamais rien changé, ou alors sans faire exprès. J'y arrive pas...
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Tu viens me lire. J'ai la prétention de me demander si tu passes prendre de mes nouvelles, ou si tu me lis pour savoir si je parle de toi. J'ai rien à dire, parce que je me fais une raison à tout, parce que ma raison est celle que l'on m'impose. J'ai rien à dire, parce que j'ai pas envie d'en dire plus. J'ai rien à dire, parce que j'ai confiance.ffice ffice" />
Ou, si, peut-être que j’ai à dire, mais que cela serait inutile et répétitif. Lettre écrite pour Lilinou. Dans l’enveloppe, partira demain. Envie de me sevrer toute seule de mon traitement, étant donné son efficacité. On nous donne des médicaments pour nous endormir, tel est le constat qui ne reste au travers de la gorge. En parlant de gorge, la mienne me fait mal. J’ai essayé de rendre mes deux yaourts et mes deux bouts de concombres avalés à midi, mais elle me faisait trop mal. Dès que j’aurai posté cet écrit oiseux et peu crédible, je retournerai dans la petite pièce pâle, celle où je fais plein de choses pas catholiques après les repas. Mais sinon, je n’ai rien à dire. Strictement, rien à dire.
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